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Saint John Paul II's 1st Apostolic Visit to Zaire

2nd - 5th May 1980

Pope St John Paul II was a pilgrim to Zaire (now DR Congo) for the first time in 1980 to celebrate the jubilee centenary of the evangelization of Zaire. It was the start of his 5th apostolic journey, on which he also visited Congo, Kenya, Ghana, Upper Volta (now Burkina Faso) and the Ivory Coast. JPII visited Zaire again in 1985.

After the arrival ceremony in Kinshasa, Pape St Jean Paul II spoke to the faithful of the archdiocese of Kinshasa, when he consecrated Zaire to Our Lady. Afterwards he met with the President of Zaire. His second day, 3rd May, began with Mass for families followed by a meeting with the bishops of Zaire and bishops from other African countries. The Holy Father then met with religious women at the Carmel of Kinshasa and representatives of other Christian confessions before speaking to the Diplomatic Corps in Zaire. On 4th May, Pope John Paul II ordained eight new Bishops; this was followed by the Regina Caeli. He then met with professors and university students, priests, the Polish community of Zaire and the faithful in a Kinshasa parish. On 5th May, JPII departed for Brazzaville.

Discours du Pape St Jean Paul II à l'arrivée en Afrique
Kishasa, Zaïre, vendredi 2 mai 1980 - in French, Italian & Portuguese & Spanish

"Monsieur le Président, Monsieur le Cardinal, Excellences, Mesdames, Messieurs, Chers Frères et Sœurs, Que Dieu bénisse le Zaïre! Que Dieu bénisse toute l’Afrique!

1. C’est une très grande joie pour moi d’aborder pour la première fois le continent africain. Oui, en baisant cette terre, mon cœur déborde d’émotion, de joie, d’espérance. C’est l’émotion de découvrir la réalité africaine et de rencontrer chez elle cette partie notable de l’humanité, qui mérite estime et amour, et qui est appelée, elle aussi, au salut en Jésus-Christ. C’est la joie pascale qui m’habite et que je voudrais partager avec vous. C’est l’expérience qu’une vie nouvelle, une vie meilleure, une vie plus libre et plus fraternelle est possible sur cette terre, et que l’Église que je représente peut y contribuer grandement. Cette visite et les rencontres qu’elle va permettre sont des grâces dont je veux d’abord remercier le Seigneur. Dieu soit béni!

2. A tous les habitants de l’Afrique, quels que soient leur pays et leur origine, j’exprime mes salutations amicales et chaleureuses, et mes sentiments de confiance. Je salue d’abord mes frères et fils catholiques, et les autres chrétiens. Je salue tous ceux qui, profondément animés de sentiments religieux, ont à cœur de soumettre leur vie à Dieu ou de rechercher sa présence. Je salue les familles, pères et mères, enfants et vieillards. Je salue spécialement ceux qui souffrent dans leur corps et dans leur âme. Je salue ceux qui œuvrent au bien commun de leurs concitoyens, à leur éducation, à leur prospérité, à leur santé, à leur sécurité.

Je salue chacune des nations africaines. Je me réjouis avec elles qu’elles aient pris en mains leur propre destin. Je pense à la fois au bel héritage de leurs valeurs humaines et spirituelles, à leurs efforts méritoires, à tous leurs besoins présents. Chaque nation a encore une longue marche à parcourir pour forger son unité; approfondir sa personnalité et sa culture; réaliser le développement qui s’impose en tant de domaines, et cela dans la justice, avec le souci de la participation et de l’intérêt de tous; s’insérer avec une part active dans le concert des nations. Pour cela l’Afrique a besoin d’indépendance et d’entraide désintéressée; elle a besoin de paix. A tous et à chacun, j’exprime des vœux cordiaux et fervents.

3. Je viens ici comme Chef spirituel, Serviteur de Jésus-Christ dans la lignée de l’Apôtre Pierre et de tous ses successeurs, les évêques de Rome. J’ai mission, avec mes frères les évêques des Églises locales, d’affermir les fils de toute l’Église dans la véritable foi, et dans l’amour conforme à Jésus-Christ, de veiller à leur unité, de renforcer leur témoignage. Un nombre important d’Africains adhèrent désormais à la foi chrétienne et je voudrais que ma visite leur soit un réconfort, en cette étape significative de leur histoire. Deux de ces Églises m’ont spécialement invité pour le centenaire de l’évangélisation, que d’autres s’apprêtent aussi à célébrer.

Je viens ici comme homme de la religion. J’apprécie le sens religieux si ancré dans l’âme africaine et qui demande, non pas à être relégué, mais au contraire purifié, élevé et affermi. J’estime ceux qui tiennent à mener leur existence et à construire leur cité dans un rapport vital avec Dieu, en tenant compte des exigences morales qu’il a inscrites dans la conscience de chacun, et donc aussi des droits fondamentaux de l’homme dont il est le garant. Je partage avec ceux qui ont cette vision spirituelle de l’homme la conviction que le matérialisme, d’où qu’il vienne, est un esclavage dont il faut défendre l’homme.

Je viens ici en messager de paix, désireux d’encourager, comme Jésus, les artisans de paix. Le véritable amour cherche la paix et la paix est absolument nécessaire pour que l’Afrique puisse se consacrer entièrement aux grandes tâches qui l’attendent. Avec tous mes amis africains, je voudrais que demain chaque enfant de ce continent puisse trouver la nourriture du corps et la nourriture de l’esprit, dans un climat de justice, de sécurité et de concorde.

Je viens ici en homme d’espérance.

4. Sans plus attendre, je remercie l’Afrique de son accueil. J’ai été profondément touché de l’hospitalité que tant de pays de ce continent m’ont si généreusement proposée depuis quelques mois. J’ai vraiment été dans l’impossibilité d’accepter toutes les invitations, durant ce premier voyage de dix jours. Je l’ai vivement regretté, et je pense notamment à l’attente de certains pays particulièrement méritants et riches de vitalité chrétienne, que j’aurais tant voulu combler. Mais ce sont des visites remises à plus tard. J’espère bien qu’à l’avenir la Providence donnera au Pape l’occasion de les accomplir.

J’ai le ferme espoir de revenir sur ce continent. D’ores et déjà, que tous ces pays soient assurés de mon estime et de mes vœux! Je penserai d’ailleurs à eux, à leurs mérites, à leurs joies et à leurs préoccupations humaines et spirituelles lorsque j’aborderai les différents thèmes de mon voyage, et m’adresserai aux diverses catégories d’interlocuteurs. Mon message est pour toute l’Afrique.

5. Et maintenant, je me tourne tout spécialement vers ce pays du Zaïre qui est au cœur de l’Afrique et qui est le premier à m’accueillir. Ce grand pays plein de promesses, que je suis si heureux de visiter, ce pays appelé à de grandes tâches, des tâches qui demeurent difficiles.

Mon premier mot est pour remercier Monsieur le Président et son Gouvernement, pour remercier les évêques, de leur invitation pressante.

Je sais l’attachement d’un grand nombre de Zaïrois à la foi chrétienne et à l’Eglise catholique, grâce à une évangélisation qui a progressé très rapidement.

C’est maintenant le centenaire de cette évangélisation que je viens célébrer avec vous, chers amis.

Il est bon de regarder le chemin parcouru, où Dieu n’a pas ménagé ses grâces pour le Zaïre: une pléiade d’ouvriers de l’Évangile sont venus de loin, ont consacré leur vie pour que vous aussi, vous ayez accès au salut en Jésus-Christ. Et les fils et les filles de ce pays ont accueilli la foi. Elle a porté des fruits abondants, chez de nombreux baptisés. Des prêtres, des religieux, des évêques, un cardinal, sont issus du peuple zaïrois, pour animer, avec leurs frères, cette Église locale et lui donner son vrai visage, pleinement africain et pleinement chrétien, en lien avec l’Église universelle que je représente parmi vous.

Durant les jours qui vont suivre, nous reparlerons de tout cela. La perspective de toutes ces rencontres me réjouit profondément. Dès maintenant, que tous ces Frères et Fils, que tous les habitants de ce pays, reçoivent mon salut chaleureux et les vœux amicaux que mon cœur forme pour eux.

Que Dieu bénisse le Zaïre! Que Dieu bénisse l’Afrique!"

St John Paul II's speech to the archdiocese of Kinshasa &
Act of Consecration to the Mother of Christ
Kishasa, Zaire, Friday 2 May 1980 - in French, German, Italian, Portuguese & Spanish

"Loué soit Jésus-Christ!
Que Dieu notre Père et Jésus-Christ notre Seigneur vous donnent la grâce et la paix!
Que l’Esprit Saint soit votre joie!

1. Chers Frères et Soeurs dans le Christ,
Votre Archevêque, le cher Cardinal Joseph Malula, vient de me souhaiter la bienvenue au nom de vous tous, évêques, prêtres, religieux, religieuses, séminaristes et laïcs de l’archidiocèse de Kinshasa et des autres communautés catholiques du Zaïre. Je le remercie vivement. Il a évoqué la vitalité de l’Eglise qui est au Zaïre, une vitalité que l’Eglise de Rome connaît et apprécie. Et moi, Evêque de Rome, j’avais un grand désir de venir jusqu’à vous.

Je viens comme Serviteur de Jésus-Christ, le Chef invisible de l’Eglise. Je viens comme Successeur de l’Apôtre Pierre, auquel Jésus a dit: “Affermis tes frères”, puis, par trois fois: “Sois le pasteur de mes agneaux... sois le pasteur aussi de mes brebis” [Jn
21, 15-17], c’est-à-dire de tout le troupeau de mes disciples. Par la volonté de Dieu, malgré mon indignité, j’ai hérité à mon tour de cette charge, qui est celle du Pape, c’est-à-dire du Père, celle du Vicaire du Christ sur la terre, qui préside à l’unité dans la foi et la charité.

2. Tout d’abord, je rends grâce à Dieu avec vous pour tout ce qu’il a réalisé au Zaïre pendant cent ans. Je viens aujourd’hui célébrer avec vous le centenaire de l’évangélisation, regarder avec vous le chemin parcouru, un chemin qui a connu des difficultés et des peines, des joies et des espérances.

Un chemin de grâces! Le centenaire nous permet de mieux mesurer en quelque sorte les bienfaits du Seigneur et les mérites de vos prédécesseurs. Et de prendre appui sur cette histoire chrétienne pour un nouvel élan.

Il y a juste un siècle, en effet, quelques missionnaires, brûlant d’amour pour le Christ et pour vous, venaient partager avec vous la foi qu’ils avaient eux-mêmes reçue; ils ont voulu, dès le début, implanter l’Eglise, faire naître une Eglise locale, avec les Africains. La moisson fut grande. Vos pères ont accueilli la Parole de Dieu avec générosité et enthousiasme. Aujourd’hui l’arbre de l’Eglise s’est solidement enraciné dans ce pays; ses branches s’étendent dans toute la contrée. La foi est devenue le lot d’un nombre considérable de citoyens et de citoyennes du Zaïre. De vos familles zaïroises sont issus des évêques, des prêtres, des religieuses, des catéchistes, des laïcs engagés, qui encadrent ou soutiennent vos communautés. Et l’Evangile a imprimé sa marque dans la vie et dans les mœurs. Dieu soit loué! Et bénis soient tous ceux qui ont fait fleurir cette Eglise, ceux qui sont venus de loin et ceux qui sont nés dans ce pays! Bénis soient ceux qui la guident aujourd’hui!

3. Chers amis, vous avez vécu une première grande étape, une étape irréversible. Une nouvelle étape vous est ouverte, non moins exaltante, même si elle comporte nécessairement de nouvelles épreuves, et peut-être des tentations de découragement. C’est celle de la persévérance, celle où il faut poursuivre l’affermissement de la foi, la conversion en profondeur des âmes, des façons de vivre, afin qu’elles correspondent toujours mieux à votre sublime vocation chrétienne; sans compter l’évangélisation qu’il faut continuer vous-mêmes dans des secteurs ou des milieux où l’Evangile est encore ignoré. Comme saint Pierre l’écrivait aux premières générations de convertis dans la Dispersion, je vous dis: “Soyez vigilante... à l’exemple du Saint qui vous a appelés, soyez saints vous aussi dans toute votre conduite” [
1 Pt 1, 13-16].

C’est ainsi que l’Eglise qui est au Zaïre atteindra sa pleine maturité chrétienne et africaine.

4. Je sais que vos évêques - qui sont vos pasteurs et vos pères - vous guident avec lucidité et courage sur ces chemins du Royaume de Dieu, comme en témoignent les exhortations, lettres ou appels qu’ils vous ont adressés personnellement ou collégialement. Je viens affermir et encourager le ministère de ces évêques qui sont mes frères. Mais en même temps, je viens encourager tous les chrétiens et chrétiennes de Kinshasa et du Zaïre.

Je suis heureux que ma première rencontre, en cette cathédrale, soit avec les prêtres, les religieux, les religieuses, les séminaristes. Dans l’édification de l’Eglise, vous avez une place de choix. Votre ordination, votre consécration religieuse, votre appel au sacerdoce sont des grâces inestimables.

Remerciez le Seigneur! Servez-le dans la joie, la simplicité et la pureté de cœur. Vous êtes destinés, plus que les autres disciples du Christ, à être, le sel qui donne saveur, et la lumière qui brille; j’ai désiré avoir un entretien prolongé avec les prêtres, puis avec les religieuses, au cours des journées qui viennent. Mais dès ce soir, je vous salue avec toute mon affection. Mon premier mot est un mot de réconfort, dans la note d’action de grâces qui convient à un centenaire.

Prêtres, soyez heureux d’être ministres du Christ, annonciateurs de sa Parole et dispensateurs de ses mystères: Imitamini quod tractatis, “vivez ce que vous accomplissez”. Soyez des éducateurs de la foi, des hommes de prière, ayez le zèle et l’humilité du serviteur, vivez votre consécration totale au Royaume de Dieu dont votre célibat est le signe.

Religieux et religieuses, soyez heureux d’avoir donné tout votre amour au Christ et de servir l’Eglise, vos frères et sœurs en toute disponibilité. Avec toutes les personnes consacrées du Zaïre, laissez le Christ saisir vos vies, afin de devenir des témoins transparents pour le peuple de Dieu et pour les hommes de bonne volonté. Je pense à votre Sœur, Zaïroise, qui vous a précédés, en laissant un lumineux exemple de pureté et de courage dans la foi, la Servante de Dieu, Sœur Anwarite, que, j’espère, l’Eglise pourra bientôt béatifier.

Et vous, prêtres, religieux, religieuses et laïcs venus d’autres pays comme missionnaires, et qui continuez à coopérer aux divers services de l’Eglise en ce pays, soyez heureux d’être ici où votre entraide est précieuse et nécessaire, et où vous êtes témoins de l’Eglise universelle. Poursuivez ce service amical et désintéressé, sous la conduite des Pasteurs zaïrois qui sauront accueillir tous les prêtres à part entière dans leur presbyterium.

Séminaristes, soyez heureux de répondre à l’appel du Maître qui ne déçoit pas. Accueillez la pédagogie du Christ qui a formé tant de vos aînés. Préparez-vous en assimilant à fond la doctrine solide et la discipline de vie qui vous permettront d’être à votre tour des guides spirituals. Je souhaite que beaucoup suivent vos traces. Les vocations sacerdotales sont la preuve de la vitalité et la maturité d’une Eglise locale qui devient ainsi capable de prendre en mains la responsabilité de l’œuvre de l’Evangile, en donnant au message évangélique et à la mission de l’Eglise leur pleine authenticité chrétienne et africaine.

Je ne veux pas oublier les laïcs chrétiens que je rencontrerai aussi: pères et mères de famille, animateurs de petites communautés catéchistes, éducateurs, laïcs engagés, étudiants et jeunes de Kinshasa ou des autres cités ou villages. Qu’ils soient heureux et fiers de leur foi! Partout où ils travaillent, qu’ils soient les témoins de l’Amour du Christ qui les a aimés le premier! Et qu’ils poursuivent un apostolat où ils sont irremplaçables!

5. Je dois vous faire à tous la recommandation que l’Apôtre saint Paul exprimait dans toutes ses lettres, lui qui visitait tant de premières communautés chrétiennes. C’est celle qui a suscité la dernière prière de Jésus après la Cène: “Que tous soient un”. Oui, bannissez toute division, vivez dans l’unité qui plaît à Dieu et qui fait votre force, autour de vos prêtres. Et que les prêtres soient unis dans un même presbyterium autour de leurs évêques. Manifestez un accueil bienveillant et une réelle collaboration entre vous, Zaïrois et Zaïroises, et avec les étrangers venus partager votre vie.

L’Eglise, c’est une famille, d’où personne n’est exclu.

En recevant votre témoignage, je vous apporterai à mon tour celui de l’Eglise qui est à Rome, et celui de l’Eglise universelle qui a son centre à Rome. C’est une seule famille. Aucune communauté ne vit fermée sur sol: elle se relie à la grande Eglise, à l’unique Eglise. Votre Eglise a été greffée sur le grana arbre de l’Eglise, où, durant cent ans, elle a puisé sa sève, ce qui lui permet maintenant de donner ses fruits à elle et de devenir elle-même missionnaire auprès des autres. Votre Eglise devra approfondir sa dimension locale, africaine, sans jamais oublier sa dimension universelle. Je sais votre attachement fervent au Pape. Aussi je vous dis: par lui, demeurez unis à toute l’Eglise.

Et maintenant, je vous invite à tourner avec moi, vos regards et vos cœurs vers la Vierge Marie.

6. Permettez-moi, en effet, en cette année où vous rendez grâce à Dieu pour le centenaire de l’évangélisation et du baptême de votre pays, de me référer à la tradition que nous trouvons au début de ce siècle, au début de l’évangélisation en terre africaine.

Les missionnaires qui venaient pour annoncer l’Evangile commençaient leur service missionnaire par un acte de consécration à la Mère du Christ.

Ils s’adressaient à elle de cette façon:

“Voici que nous nous trouvons parmi ceux qui sont nos frères et nos cœurs, et que ton Fils, o Vierge Marie, a aimés jusqu’à la fin. Par amour, il a offert sa vie pour eux sur la croix; par amour, il demeure dans l’Eucharistie pour être la nourriture des âmes; par amour, il a fondé inébranlable dans laquelle on trouve le salut. Tout cela, ces frères et ces sœurs au milieu desquels nous arrivons ne le savent pas encore; ils ne connaissent pas encore la Bonne Nouvelle de l’Evangile. Mais nous, nous croyons profondément que leurs cœurs et leurs consciences sont préparés à accueillir l’Evangile du salut par l’œuvre du sacrifice du Christ, et aussi grâce à ton intercession maternelle et à la médiation.

Nous croyons que, lorsque le Christ, du haut de la croix, t’a donné chaque homme comme fils, en la personne de son disciple saint Jean, tu as accepté aussi comme fils et comme filles ces frères et ces sœurs auxquels sa sainte Eglise nous envoie maintenant, nous, comme missionnaires.

Aide-nous à accomplir le mandat missionnaire de ton Fils sur cette terre; aide-nous à accomplir ici la mission salvifique de l’Evangile et de l’Eglise. Nous te consacrons tous ceux-là que l’Esprit de Jésus-Christ désire illuminer de la lumière de la foi et en qui il veut allumer le feu de son amour.

Nous te consacrons leurs familles, leurs tribus, les communautés et sociétés qu’ils forment, leur travail, leurs joies et leurs souffrances, leurs villages et leurs cités. A toi, nous te consacrons tout, nous te les consacrons tous. Accueille-les dans cet Amour éternel dont tu as été la première servante, et daigne guider, tout indigne qu’il soit, le service apostolique que nous commençons”.

7. Aujourd’hui, cent ans ont passé depuis ces commencements. Au moment où l’Eglise, dans ce pays du Zaïre, rend grâce à Dieu dans la Sainte Trinité pour les eaux du saint baptême qui ont donné le salut à tant de ses fils et de ses filles, permets, ô Mère du Christ et Mère de l’Eglise, que moi, le Pape Jean-Paul II, à qui il est donné de participer à ce jubilé, je rappelle et que je renouvelle en même temps cette consécration missionnaire qui a eu lieu sur cette terre au début de son évangélisation.

Se consacrer au Christ par ton intermédiaire!
Se consacrer à Toi pour le Christ!

Permets aussi, ô Mère de la divine Grâce, que, tout en remerciant pour toutes les lumières que l’Eglise a reçues et pour tous les fruits qu’elle a portés au cours de ce siècle sur cette terre du Zaïre, je te confie à nouveau cette Eglise, que je la remette entre tes mains pour les années et les siècles à venir, jusqu’à l’achèvement des siècles!

Et en même temps, je te confie encore toute la nation, qui vit aujourd’hui de sa vie propre et indépendante. Je le fais dans le même esprit de foi et avec la même confiance que les premiers missionnaires, et je le fais en même temps avec une joie d’autant plus grande que l’acte de consécration et d’abandon que je fais maintenant, tous les pasteurs de cette Eglise et aussi tout le peuple de Dieu le font en même temps avec moi; ce peuple de Dieu qui désire assumer et poursuivre avec ses pasteurs, dans l’amour et le courage apostolique, l’œuvre de la construction du Corps du Christ et de l’approche du règne de Dieu sur cette terre.

Accepte, ô Mère, cet acte de confiance que nous faisons, ouvre les cœurs, et donne la force aux âmes pour écouter la parole de vie et pour faire ce que ton Fils ne cesse de nous ordonner et nous recommander.

Que la grâce et la paix, la justice et l’amour soient le partage de ce peuple; qu’en rendant grâce pour le centenaire de sa foi et de son baptême, il regarde avec confiance vers son avenir temporel et éternel! Amen!"

Discours du Pape St Jean Paul II au Président du Zaïre
Kishasa, Zaïre, vendredi 2 mai 1980 - in French, German, Italian, Portuguese & Spanish

"Monsieur le Président,
1. Au soir de cette première journée sur la terre zaïroise, tant de pensées viennent déjà à l’esprit que les mots se bousculent pour exprimer ce que je ressens. Est-ce l’émotion du contact si désiré, et enfin réalisé, avec les peuples d’Afrique, d’abord avec le Peuple zaïrois? Est-ce l’accueil qui m’a été réservé, aussi bien à l’arrivée que dans la ville même de Kinshasa? Est-ce l’enthousiasme de la population et particulièrement de la population catholique qui a pu trouver place, tout à l’heure, à la cathédrale et aux abords de celle-ci?

Je ne sais vraiment quel souvenir marquera le plus celui qui inaugure aujourd’hui une visite dont il attend beaucoup, et qui voudrait correspondre pleinement à son double objectif, de salut fraternel et cordial du Chef spirituel de l’Eglise catholique aux nations africaines, et d’encouragement très sincère aux Eglises locales.

2. C’est souligner, et je ne manquerai jamais de le rappeler dans les circonstances qui pourront se présenter, le caractère essentiellement religieux de ce voyage qui commence, j’en suis heureux, par le Zaïre. Chaque étape offrira pourtant des possibilités de rencontre avec les Autorités civiles. Il y a là davantage que l’observation d’un usage de courtoisie, permettant de remercier ses hôtes, comme ils le méritent, de leur hospitalité si généreuse ou de l’organisation minutieuse et combien absorbante de ce séjour.

A ce sujet, Monsieur le Président, je mesure parfaitement la qualité de ce que Votre Excellence et ses collaborateurs ont mis en œuvre pour faciliter, et finalement assurer - je n’en doute pas - la réussite de ma visite. Qu’il me soit permis de le dire devant les hautes personnalités réunies ici, dont certaines n’ont pas ménagé leur contribution selon leurs responsabilités personnelles.

Mais j’attache également un grana prix aux entretiens avec ceux qui détiennent le pouvoir civil. Ce sont autant d’occasions d’échanger des vues, de façon constructive, sur les problèmes les plus fondamentaux pour l’homme, sa dimension spirituelle, sa dignité et son avenir, sur la paix aussi et l’harmonie entre les peuples, sur la liberté que demande l’Eglise d’annoncer l’Evangile au nom du respect des consciences inscrit dans la plupart des constitutions ou des lois organiques des Etats.

Le Concile Vatican II semblait appeler la multiplication des conversations de ce type lorsqu’il s’exprimait ainsi: “Sur le terrain qui leur est propre, la communauté politique et l’Eglise sont indépendantes l’une de l’autre et autonomes. Mais toutes deux, quoique à des titres divers, sont au service de la vocation personnelle et sociale des mêmes hommes. Elles exerceront d’autant plus efficacement ce service pour le bien de tous, qu’elles rechercheront davantage entre elles une saine coopération... L’homme, en effet, n’est pas limité aux seuls horizons terrestres, mais, vivant dans l’histoire humaine, il conserve intégralement sa vocation éternelle” [
Gaudium et Spes, 76, § 3.].

3. Ayant déjà eu le bonheur d’accueillir Votre Excellence au Vatican l’an dernier, je me félicite de notre nouveau dialogue, qui devrait favoriser la compréhension et se révéler particulièrement fructueux. C’est dire l’attention avec laquelle j’ai écouté vos réflexions. Je suis moi-même persuadé que, si les questions africaines doivent être l’affaire des Africains, et non subir la pression ou l’ingérence de quelque bloc ou groupement d’intérêt que se soit, leur solution heureuse ne peut manquer d’influer de manière bénéfique sur les autres continente.

Mais il faudrait aussi, pour cela, que les autres peuples apprennent à recevoir des peuples africains.

Ce n’est pas seulement d’une aide matérielle et technique que ces derniers ont besoin. Ils ont besoin eux aussi de donner: leur cœur, leur sagesse, leur culture, leur sens de l’homme, leur sens de Dieu, que bien d’autres n’ont pas aussi éveillés. A la face du monde, j’aimerais lancer en cette circonstance un appel solennel, non pas uniquement à l’aide, mais à l’entraide internationale, c’est-à-dire à cet échange dans lequel chacun des partenaires apporte sa contribution constructive au progrès de l’humanité.

4. J’aimerais également que fussent connus de tous, dès le premier jour de ce voyage, les sentiments qu’éprouve le Pape en regardant l’Afrique comme un ami, comme un frère. Tout en partageant les préoccupations de beaucoup quant à la paix, aux problèmes posés par la croissance et la pauvreté et, en un mot, aux problèmes de l’homme, il éprouve une joie profonde. La source de sa joie est de voir que nombreuses ont été, au cours des dernières années, les populations qui ont pu accéder à la souveraineté nationale, au terme d’un processus parfois délicat, mais qui a pu conduire au choix de leur avenir.

C’est un phénomène que je comprends très bien, ne serait-ce que par mes origines personnelles.

Je sais, j’ai vécu les efforts accomplis par mon peuple pour sa souveraineté. Je sais ce que veut dire revendiquer le droit à l’autodétermination, au nom de la justice et de la dignité nationale.

Certes, ce n’est là qu’une étape, car encore faut-il que l’autodétermination reste ensuite effective, et s’accompagne d’une participation réelle des citoyens à la conduite de leur propre destin: ainsi également le progrès pourra bénéficier plus équitablement à tous. Certes, la liberté devrait jouer à tous les niveaux dans la vie politique et sociale. L’unité d’un peuple demande aussi une action persévérante, respectueuse des particularités légitimes et en même temps menée de façon harmonieuse. Mais tant d’espoirs sont aujourd’hui permis, tant de possibilités sont offertes, qu’une immense joie emplit mon cœur, à la mesure de la confiance que je mets dans les hommes de bonne volonté qui sont épris du bien commun.

5. Je voudrais à présent tourner mon regard, au-delà de cette assemblée, vers le Peuple zaïrois tout entier, et lui dire ma satisfaction de me trouver chez lui. Certes, les contraintes du programme existent, et il ne sera pas possible d’aller dans toutes les régions rendre visite à des populations également chères à mon cœur.

Que le passage du moins en quelques points du pays soit un témoignage concret du message d’amour du Christ que je souhaiterais porter à chaque famille, à chaque habitant, aux catholiques comme à ceux qui ne partagent pas la même foi. Les Zaïrois représentent une espérance pour l’Eglise et pour l’Afrique. Il leur appartient de poursuivre, en bons citoyens, leur action pour le progrès de leur pays dans un esprit de justice et d’honnêteté, en s’ouvrant aux vraies valeurs de l’homme [JP
II Redemptor Hominis, 18]. Je demande à Dieu de les aider dans cette noble tâche et de bénir leurs efforts.

Soyez remercié, Monsieur le Président, de tout ce que vous avez entrepris pour moi depuis le moment où, comme l’Episcopat du pays, vous m’invitiez si chaleureusement au Zaïre. Je n’oublierai pas les termes élevés de votre allocution, et je vous présente, ainsi qu’aux membres du Gouvernement et à tous ceux qui me font l’honneur de leur présence, mes salutations et mes vœux les meilleurs."

Papa St John Paul II's homily at Holy Mass for Families
Kishasa, Zaire, Saturday 3 May 1980 - in French, German, Italian, Portuguese & Spanish

"Chers époux chrétiens, pères et mères de famille,
1. L’émotion et la joie envahissent mon cœur de Pasteur universel de l’Eglise, parce que la grâce m’est donnée de méditer pour la première fois avec des foyers africains ― et pour eux ― sur leur vocation particulière: le mariage chrétien. Que Dieu ― qui s’est révélé être « Un en Trois personnes » ― nous assiste tout au long de cette méditation! Le sujet est merveilleux, mais la réalité est difficile! Si le mariage chrétien est comparable à une très haute montagne qui met les époux dans le voisinage immédiat de Dieu, il faut bien reconnaître que son ascension exige beaucoup de temps et beaucoup de peine. Mais serait-ce une raison de supprimer ou de rabaisser un tel sommet? N’est-ce pas par des ascensions morales et spirituelles que la personne humaine se réalise en plénitude et domine l’univers, plus encore que par des records techniques et même spatiaux, si admirables soient-ils?

Ensemble, nous ferons un pèlerinage aux sources du mariage, puis nous essaierons de mieux mesurer son dynamisme au service des époux, des enfants, de la société, de l’Eglise. Enfin, nous rassemblerons nos énergies pour promouvoir une pastorale familiale toujours plus efficace.

2. Tout le monde connaît le célèbre récit de la Création par lequel commence la Bible. Il y est dit que Dieu fit l’homme à sa ressemblance en le créant homme et femme. Voilà qui surprend au premier abord. L’humanité pour ressembler à Dieu, doit être un couple de deux personnes en mouvement l’une vers l’autre, deux personnes qu’un amour parfait va réunir dans l’unité. Ce mouvement et cet amour les font ressembler à Dieu, qui est l’Amour même, l’Unité absolue des trois Personnes. Jamais on n’a chanté de manière aussi belle la splendeur de l’amour humain que dans les premières pages de la Bible: « Celle-ci, dit Adam en contemplant sa femme, est la chair de ma chair, les os de mes os. C’est pourquoi l’homme quittera son père et sa mère et s’attachera à sa femme et ils ne seront qu’une seule chair » (
Gn 2, 23-24). En paraphrasant le Pape saint Léon, je ne puis m’empêcher de vous dire: « O époux chrétiens, reconnaissez votre éminente dignité! ».

Ce pèlerinage aux sources nous révèle également que le couple initial, dans le dessein de Dieu, est monogame. Voici de quoi nous surprendre encore, alors que la civilisation ― au temps où prennent corps les récits bibliques ― est généralement loin de ce modèle culturel. Cette monogamie, qui n’est pas d’origine occidentale mais sémitique, apparaît comme l’expression de la relation interpersonnelle, celle où chacun des partenaires est reconnu par l’autre dans une égale valeur et dans la totalité de sa personne. Cette conception monogame et personnaliste du couple humain est une révélation absolument originale, qui porte la marque de Dieu, et qui mérite d’être toujours plus approfondie.

3. Mais cette histoire qui commençait si bien dans l’aube lumineuse du genre humain connaît le drame de la rupture entre ce couple tout neuf et le Créateur. C'est le péché originel. Pourtant cette rupture sera l’occasion d’une nouvelle manifestation de l’Amour de Dieu. Comparé très souvent à un Epoux infiniment fidèle, par exemple dans les textes des psalmistes et des prophètes, Dieu renoue sans cesse son alliance avec cette humanité capricieuse et pécheresse. Ces alliances répétées culmineront dans l’Alliance définitive que Dieu scella en son propre Fils, se sacrifiant librement pour l’Eglise et pour le monde. Saint Paul ne craint pas de présenter cette Alliance du Christ avec l’Eglise comme le symbole et le modèle de toute alliance entre l’homme et la femme (
cf Ep 5, 25), unis comme époux d’une manière indissoluble.

Telles sont les lettres de noblesse du mariage chrétien. Elles sont génératrices de lumière et de force pour la réalisation quotidienne de la vocation conjugale et familiale, au bénéfice des époux eux-mêmes, de leurs enfants, de la société dans laquelle ils vivent, et de l’Eglise du Christ. Les traditions africaines judicieusement utilisées peuvent avoir leur place dans la construction des foyers chrétiens en Afrique; je pense notamment à toutes les valeurs positives du sens familial, si ancré dans l’âme africaine et qui revêt des aspects multiplex, assurément susceptibles de porter à la réflexion des civilisations dites avancées: le sérieux de l’engagement matrimonial au terme d’un long cheminement, la priorité donnée à la transmission de la vie et donc l’importance accordée à la mère et aux enfants, la loi de solidarité entre les familles qui ont fait alliance et qui s’exerce spécialement en faveur des personnes âgées, des veuves et des orphelins, une sorte de coresponsabilité dans la prise en charge et l’éducation des enfants, qui est capable d’atténuer bien des tensions psychologiques, le culte des ancêtres et des défunts qui favorise la fidélité aux traditions. Certes, le problème délicat est d’assumer tout ce dynamisme familial, hérité des coutumes ancestrales, en le transformant et en le sublimant dans les perspectives de la société qui est en train de naître en Afrique. Mais de toute façon la vie conjugale des chrétiens se vit ― à travers des époques et des situations différentes ― sur les pas du Christ, libérateur et rédempteur de tous les hommes et de toutes les réalités qui font la vie des hommes. « Tout ce que vous faites, que ce soit au nom de notre Seigneur Jésus-Christ » comme nous a dit saint Paul (
Col 3, 17).

4. C’est donc en se conformant au Christ qui s’est livré par amour à son Eglise que les époux accèdent jour après jour, à l’amour dont nous parle l’Evangile: « Aimez-vous, comme je vous ai aimés », et plus précisément à la perfection de l’union indissoluble sur tous les plans. Les époux chrétiens ont fait promesse de se communiquer tout ce qu’ils sont et tout ce qu’ils ont. C’est le contrat le plus audacieux qui soit, le plus merveilleux également!

L’union de leurs corps, voulue par Dieu lui-même comme expression de la communion plus profonde encore de leurs esprits et de leurs cœurs, accomplie avec autant de respect que de tendresse, renouvelle le dynamisme et la jeunesse de leur engagement solennel, de leur premier « oui ».

L’union de leurs caractères: aimer un être, c’est l’aimer tel qu’il est, c’est l’aimer au point de cultiver en soi l’antidote de ses faiblesses ou de ses défauts, par exemple le calme et la patience si l’autre en manque notoirement.

L’union des cœurs! Les nuances qui différencient l’amour de l’homme de celui de la femme sont innombrables. Chacun des partenaires ne peut exiger d’être aimé comme il aime. Et il importe ― de part et d’autre ― de renoncer aux secrets reproches qui séparent les cœurs et de se libérer de cette peine au moment le plus favorable. Une mise en commun très unifiante est celle des joies et, davantage encore, des souffrances du cœur. Mais c’est tout autant dans l’amour commun des enfants que l’union des cœurs se fortifie.

L’union des intelligences et des volontés! Les époux sont aussi deux forces diversifiées mais conjuguées pour leur service réciproque, au service de leur foyer, de leur milieu social, au service de Dieu. L’accord essentiel doit se manifester dans la détermination et la poursuite d’objectifs communs. Le partenaire le plus énergique doit épauler la volonté de l’autre, la suppléer parfois, s’en faire adroitement - éducativement - le levier.

Enfin l’union des âmes, elles-mêmes unies à Dieu! Chacun des époux doit se réserver des moments de solitude avec Dieu, de « cœur à cœur » où le conjoint n’est pas la première préoccupation. Cette indispensable vie personnelle de l’âme vers Dieu est loin d’exclure la mise en commun de toute la vie conjugale et familiale. Elle stimule au contraire les conjoints chrétiens à chercher Dieu ensemble, à découvrir ensemble sa volonté et à l’accomplir concrètement avec les lumières et les énergies puisées en Dieu lui-même.

5. Une telle vision et une telle réalisation de l’alliance entre l’homme et la femme dépassent singulièrement le désir spontané qui les réunit. Le mariage est véritablement pour eux chemin de promotion et de sanctification. Et source de Vie! Les Africains n’ont-ils pas pour la vie naissante un respect admirable? Ils aiment profondément les enfants. Ils les accueillent avec une grande joie. Les parents chrétiens sauront mettre leurs enfants sur la voie d’une existence référée aux valeurs humaines et chrétiennes. En leur montrant par tout un style de vie, courageusement revu et perfectionné, ce que signifient le respect de toute personne, le service désintéressé des autres, le renoncement aux caprices, le pardon souvent répété, la loyauté en toutes choses, le travail consciencieux, la rencontre de foi avec le Seigneur, les époux chrétiens introduisent leurs propres enfants dans le secret d’une existence réussie qui dépasse singulièrement la découverte d’une « bonne place ».

6. Le mariage chrétien est aussi appelé à être un ferment de progrès moral pour la société. Le réalisme nous fait reconnaître les menaces qui pèsent sur la famille comme institution naturelle et chrétienne, en Afrique comme ailleurs, du fait de certaines coutumes, du fait aussi des mutations culturelles qui se généralisent. Ne vous arrive-t-il pas de comparer la famille moderne à une pirogue qui vogue sur la rivière, et poursuit sa course au milieu des eaux agitées et des obstacles? Vous savez comme moi combien les notions de fidélité et d’indissolubilité sont battues en brèche par l’opinion. Vous savez aussi que la fragilité et la brisure des foyers engendrent un cortège de misères, même si la solidarité familiale africaine essaie d’y remédier en ce qui concerne la prise en charge des enfants. Les foyers chrétiens ― solidement préparés et dûment accompagnés ― ont à travailler sans découragement à la restauration de la famille qui est la première cellule de la société et doit demeurer une école de vertus sociales. L’Etat ne doit pas craindre de tels foyers mais les protéger.

7. Ferment de la société, la famille chrétienne est encore une présence, une épiphanie de Dieu dans le monde. La constitution pastorale Gaudium et Spes (
Gaudium et Spes, n 48) contient des pages lumineuses sur le rayonnement de cette « communauté profonde de vie et d’amour » qui est en même temps la toute première communauté ecclésiale de base. « La famille chrétienne, parce qu’elle est issue d’un mariage, image et participation de l’alliance d’amour qui unit le Christ et l’Eglise, manifestera à tous les hommes la présence vivante du Sauveur dans le monde et la véritable nature de l’Eglise, tant par l’amour des époux, leur fécondité généreuse, l’unité et la fidélité de leur foyer, que par la coopération amicale de tous ses membres ». Quelle dignité et quelle responsabilité!

Oui, ce sacrement est grand! Et que les époux aient confiance: leur foi les assure qu’ils reçoivent, avec ce sacrement, la force de Dieu, une grâce qui les accompagnera tout au long de leur vie. Qu’ils ne négligent jamais de puiser à cette source jaillissante qui est en eux!

8. Je ne voudrais pas terminer cette méditation sans encourager très vivement les évêques d’Afrique à poursuivre ― en dépit des difficultés bien connues ― leurs efforts de « pastorale des foyers chrétiens », avec un dynamisme renouvelé et une espérance a toute épreuve. Je sais que tel est déjà le souci constant de beaucoup et je les admire. Je félicite également les nombreuses familles africaines qui réalisent déjà l’idéal chrétien dont j’ai parlé, avec des qualités spécifiquement africaines, et qui sont pour tant d’autres un exemple et un attrait. Mais je me permets d’insister.

Sans rien abandonner de leurs préoccupations pour la formation humaine et religieuse des enfants et des adolescente, et en tenant compte de la sensibilité et des coutumes africaines, les diocèses doivent peu à peu instaurer une pastorale visant les deux époux ensemble et pas seulement l’un ou l’autre des partenaires. Qu’on intensifie la préparation des jeunes au mariage, en les encourageant à suivre une véritable préparation à la vie conjugale, qui leur révélera le sens de l’identité chrétienne du couple, les mûrira pour leurs relations interpersonnelles et pour leurs responsabilités familiales et sociales. Ces centres de préparation au mariage ont besoin de l’appui solidaire des diocèses et du concours généreux et compétent d’aumôniers, d’experts et de foyers susceptibles d’apporter un témoignage de qualité. J’insiste surtout sur l’entraide que chaque couple chrétien peut apporter à un autre.

9. Cette pastorale familiale doit aussi accompagner les jeunes foyers, au fur et à mesure de leur fondation. Journées de reprise spirituelle, retraites, rencontres de foyers soutiendront les jeunes couples dans leur cheminement humain et chrétien. Qu’on veille en toutes ces occasions à un bon équilibre entre la formation doctrinale et l’animation spirituelle. La part de méditation, de conversation avec le Dieu fidèle, est capitale. C’est près de Lui que les époux puisent la grâce de la fidélité, comprennent et acceptent la nécessité de l’ascèse génératrice de vraie liberté, reprennent ou décident leurs engagements familiaux et sociaux qui feront, de leur foyer, des foyers rayonnants. Il serait sans doute très utile que les foyers d’une paroisse et d’un diocèse se regroupent pour constituer un vaste mouvement familial, non seulement pour aider les couples chrétiens à vivre selon l’Evangile, mais pour contribuer à la restauration de la famille en défendant ses valeurs contre les assauts de tout genre, et au nom des droits de l’homme et du citoyen. Sur ce plan capital de la pastorale familiale, toujours plus adéquate aux besoins de notre époque et de vos régions, je fais pleine confiance à vos évêques, mes Frères très chers dans l’épiscopat.

10. Puissiez-vous trouver dans cet entretien le signe de l’intérêt majeur que le Pape porte aux graves problèmes de la famille, le témoignage de sa confiance et de son espérance en vos foyers chrétiens, et le courage d’œuvrer vous-mêmes plus que jamais, sur cette terre d’Afrique, pour le plus grand bien de vos nations et pour l’honneur de l’Eglise du Christ, à la solide construction de communautés familiales « de vie et d’amour » selon l’Evangile! Je vous promets de toujours porter dans mon cœur et ma prière cette grande intention. Que Dieu, qui s’est révélé être famille dans l’unité du Père, du Fils et de l’Esprit, vous bénisse, et que sa bénédiction demeure à jamais sur vous!"

Discours du Pape St Jean Paul II aux Évêques du Zaïre
Kishasa, samedi 3 mai 1980 - in French, German, Italian & Portuguese & Spanish

"Très chers Frères dans le Christ,

1. Quelle joie pour moi de vous rencontrer tous ensemble!

Quel réconfort! Il y a un siècle, on peut dire que la véritable évangélisation commençait tout juste; et voilà qu’aujourd’hui la fois chrétienne est implantée presque partout dans ce pays, la hiérarchie ecclésiastique est organisée, des fils de ce pays, “ex hominibus assumpti”, ont pris en mains la conduite de l’Église, en union avec l’Église qui est à Rome. Le surgissement de vos communautés chrétiennes, la vitalité de ce peuple de Dieu, est une merveille de la grâce qui renouvelle en notre temps ce qu’elle réalisait au temps des Apôtres Pierre et Paul.

Il y a eu des étapes, des dates que nul ne peut oublier:
– l’ordination du premier prêtre zaïrois, Stefano Kaoze (1917);
– la consécration du premier évêque zaïrois, Monseigneur Pierre Kimbondo (1956);
– l’instauration de la hiérarchie au Zaïre (1959);
– l’appel du premier évêque zaïrois à entrer dans le Sacré Collège des cardinaux, le Cardinal Joseph Malula (1969).

Je suis venu rendre grâces avec vous à Dieu, célébrer le centenaire de l’évangélisation!

Je suis venu reconnaître avec vous le labeur apostolique, patient et avisé, des nombreux missionnaires, évêques, prêtres, religieux, religieuses: ils vous ont aimés au point de consacrer leur vie à initier vos pères à l’Évangile, un Évangile qu’ils avaient eux-mêmes reçu par grâce, et ils ont eu assez de confiance en eux pour les estimer capables de constituer eux aussi une Église locale et pour préparer ses Pasteurs. Je suis venu reconnaître le bon travail que vous-mêmes avez entrepris, à leur suite, ou avec eux, dans la mesure où ils vous prêtent encore aujourd’hui un service indispensable. Je suis venu vous dire mon respect, mon estime, mon affection, pour vos personnes, pour votre corps épiscopal, pour l’Église qui se réunit chez vous. Et je suis venu affermir votre saint ministère, comme Jésus l’à demandé à Pierre.

2. Le but de ce ministère c’est toujours l’évangélisation. C’est le même pour tous les pays, pour les vieilles chrétientés comme pour les jeunes Églises. Car l’évangélisation comporte des étapes et des approfondissements, et c’est une œuvre à reprendre sans cesse. Certes, la moitié environ de vos concitoyens se sont agrégés à l’Église par le baptême; d’autres s’y préparent. Mais il y a encore un large champ d’apostolat, Afin que la lumière de l’Évangile brille aussi aux yeux des autres. Et surtout, il faut réaliser la pénétration en profondeur de cet Évangile dans les esprits, dans les cœurs, dans la foi et la charité quotidiennes des personnes, des familles, des communautés, et il faut en assurer la persévérance. C’était le problème que rencontraient l’Apôtre Paul, dans les communautés qu’il visitai", et l’Apôtre Jean, dans les communautés qu’il soutenait de ses lettres, à la troisième génération de chrétiens (
cf Apoc 1-3), ou encore mon prédécesseur saint Clément de Rome. C’est le problème qu’ont connu aussi les évêques courageux de ma nation, comme saint Stanislas.

3. A ce sujet, j’ai remarqué le zèle, le courage et la cohésion dont vous avez su faire preuve, pour éclairer et guider votre peuple chrétien, lorsque les circonstances l’exigeaient. Car les épreuves ne vous ont pas été ménagées! Vous avez par exemple élaboré et publié des documenta sur la foi en Jésus-Christ en 1974, puis “sur la situation présente”.

Vous avez, en 1977, stimulé vos fidèles, “tous solidaires et responsables”, à surmonter le découragement et l’immoralité. Vous avez, la même année, exhorté vos prêtres, religieux et religieuses à la conversion. Vous avez même appelé l’ensemble de vos compatriotes “au redressement de la nation”. De tels actes de la Conférence épiscopale, sans compter ceux des évêques dans leurs diocèses, manifestent votre sens de la responsabilité pastorale.

Je souhaite avec vous que ces appels, joints à une lecture assidue de la Parole de Dieu, soient repris, médités et surtout vécus, dans leurs conséquences et avec persévérance, par ceux dont vous vouliez former ou réveiller la conscience. Car, vous le savez comme moi, cette éducation de la foi demande non seulement des textes clairs, mais une proximité, une pédagogie, qui monnaie cet enseignement, qui convainc et soutient, avec une patience et un amour inséparables de l’autorité pastorale, grâce à des prêtres, et à des éducateurs qui donnent eux-mêmes l’exemple. Je voulais, par ces simples mots, vous manifester appréciation et encouragement pour votre œuvre d’évangélisation.

4. L’un des aspects de cette évangélisation est l’inculturation de l’Évangile, l’africanisation de l’Église. Plusieurs m’ont confié qu’elle vous tient très à cœur, et à bon droit. Cela fait partie des efforts indispensables pour incarner le message du Christ. L’Évangile, certes, ne s’identifie pas avec les cultures, et les transcende toutes. Mais le Règne que l’Évangile annonce est vécu par des hommes profondément liés à une culture; la construction du Royaume ne peut pas se dispenser d’emprunter des éléments des cultures humaines (
Pauli VI Evangelii Nuntiandi, 20). Et même l’évangélisation doit aider celles-ci à faire surgir de leur propre tradition vivante des expressions originales de vie, de célébration et de pensée chrétiennes (cf JPII Catechesi Tradendae, 53). Vous désirez être à la fois pleinement chrétiens et pleinement Africains.

L’Esprit Saint nous demande de croire en effet que le levain de l’Évangile, dans son authenticité, a la force de susciter des chrétiens dans les diverses cultures, avec toutes les richesses de leur patrimoine, purifiées et transfigurées.

A ce sujet, le deuxième Concile du Vatican avait bien exprimé quelques principes qui éclairent toujours la route à suivre en ce domaine: “L’Église... sert et assume toutes les richesses, les ressources et les formes de vie des peuples en ce qu’elles ont de bon; en les assumant, elle les purifie, elle les renforce, elle les élève...

En vertu de cette catholicité, chacune des parties apporte aux autres et à l’Église tout entière, le bénéfice de ses propres dons, en sorte que le tout et chacune des parties s’accroissent par un échange mutuel universel et par un effort commun vers une plénitude dans l’unité...

La chaire de Pierre... préside au rassemblement universel de la charité, garantit les légitimes diversités et veille en même temps à ce que, loin de porter préjudice à l’unité, les particularités au contraire lui soient profitables” (
Lumen Gentium, 13).

L’africanisation recouvre des domaines larges et profonds, qui n’ont pas encore été assez explorés, qu’il s’agisse du langage pour présenter le message chrétien d’une façon qui atteigne l’esprit e le cœur des zaïrois, de la catéchèse, de la réflexion théologique, de l’expression plus adaptée dans la liturgie ou l’art sacré, de formes communautaires de vie chrétienne.

5. C’est à vous, évêques, qu’il revient de promouvoir et d’harmoniser l’avancée en ce domaine, après mûre réflexion, dans une grande concertation entre vous, en union aussi avec l’Église universelle et avec le Saint-Siège. L’enculturation, pour l’ensemble du peuple, ne pourra d’ailleurs être le fruit que d’une progressive maturité dans la foi. Car vous êtes convaincus comme moi que cette œuvre, pour laquelle je tiens à vous exprimer toute ma confiance, requiert beaucoup de lucidité théologique, de discernement spiritual, de sagesse et de prudence, et aussi du temps.

Permettez-moi d’évoquer, entre autres exemples, l’expérience de ma propre patrie: en Pologne, une alliance profonde s’est établie entre les manières de penser et de vivre qui caractérisent la nation et le catholicisme; cette imprégnation a demandé des siècles. Ici, en tenant compte d’une situation différente, il doit être possible au christianisme de s’allier avec ce qui est le plus profond dans l’âme zaïroise pour une culture originale, en même temps africaine et chrétienne.

En ce qui concerne la foi et la théologie, tout le monde volt que des problèmes importants sont en jeu: le contenu de la foi, la recherche de sa meilleure expression, le rapport entre la théologie et la foi, l’unité de la foi. Mon vénéré prédécesseur Paul VI y avait fait allusion au terme du Synode de 1974 (cf
AAS 66 (1974) 636-637). Et il avait lui-même rappelé certaines règles aux délégués du SCEAM en septembre 1975:

“a) Lorsqu’il est question de la foi chrétienne, il faut s’en tenir au “patrimoine identique, essentiel, constitutionnel de la même doctrine du Christ, professée par la tradition authentique et autorisée de l’unique et véritable Église”;

b) il importe de se livrer à une investigation approfondie des traditions culturelles des diverses populations, et des données philosophiques qui les sous-tendent, pour y déceler les éléments qui ne sont pas en contradiction avec la religion chrétienne et les apports susceptibles d’enrichir la réflexion théologique” (cf
AAS 67 (1975) 572).

Moi-même, l’an dernier, dans l’exhortation sur la catéchèse, j’attirais l’attention sur le fait que le Message évangélique n’est pas isolable purement et simplement de la culture biblique où il s’est d’abord inséré, ni même, sans déperditions graves, des cultures où il s’est exprimé au long des siècles; et que d’autre part la force de l’Évangile est partout transformatrice et régénératrice (cf JP
II Catechesi Tradendae, 53).

Dans le domaine de la catéchèse, des présentations plus adaptées à l’âme africaine peuvent et doivent être faites, tout en tenant compte des échanges culturels de plus en plus fréquents avec le reste du monde; il faut veiller simplement à ce que les travaux soient faits en équipe et contrôlés par l’épiscopat, pour que l’expression soit correcte et que toute la doctrine soit présentée.

Dans le domaine des gestes sacrés et de la liturgie, tout un enrichissement est possible (cf
Sacrosanctum Concilium, 37-38), à condition que la signification du rite chrétien soit toujours bien gardée et que l’aspect universel, catholique, de l’Église apparaisse clairement (“unité substantielle du rite romain”) en union avec les autres Églises locales et en accord avec le Saint-Siège.

Dans le domaine éthique, il faut mettre en lumière toutes les ressources de l’âme africaine qui sont comme des pierres d’attente du christianisme: Paul VI les avait déjà évoquées dans son message à l’Afrique du 29 octobre 1967, et vous les connaissez mieux que quiconque, pour ce qui est de la vision spirituelle de la vie, du sens de la famille et des enfants, de la vie communautaire, etc.

Comme en toute civilisation, il est d’autres aspects moins favorables. De toute façon, comme vous l’avez si bien rappelé, il y a toujours une conversion à opérer, au regard de la personne du Christ, le seul Sauveur, et de son enseignement, tel que l’Église nous le transmet: c’est alors que se produit la libération, la purification, la transfiguration, l’élévation qu’il est venu apporter et qu’il a réalisée dans son mystère pascal, de mort et de résurrection. Il faut considérer à la fois l’Incarnation du Christ et sa Rédemption. Vous-mêmes avez tenu à préciser que le recours à l’authenticité ne permet pas “d’opposer les principes de la morale chrétienne à ceux de la morale traditionnelle” (
Epistula, 27.11.1977). En un sens, l’Évangile comble les aspirations humaines, mais en contestant les profondeurs de l’humain pour le faire s’ouvrir à l’appel de la grâce et en particulier à une approche de Dieu plus confiante, à une fraternité humaine élargie, universelle. L’authenticité ne détournera pas l’homme africain de son devoir de conversion. Bref, il s’agit de devenir des chrétiens authentiques, et authentiquement africains.

6. Dans cette œuvre d’enculturation, d’indigénisation, déjà bien commencée, comme dans l’ensemble de l’œuvre d’évangélisation, de multiples questions particulières surgiront en chemin, concernant telle ou telle coutume - je pense en particulier aux problèmes difficiles du mariage - tel ou tel geste religieux, telle ou telle méthode. Questions difficiles, dont la recherche de solution est confiée à votre responsabilité pastorale, à vous évêques, en dialogue avec Rome: vous ne pouvez pas vous en dessaisir. Cela nécessite d’abord une cohésion parfaite entre vous.

Chaque Église a ses problèmes, mais partout, je ne crains pas de répéter, comme je le disais aux évêques polonais: “C’est cette unité qui est source de force spirituelle”. Une telle solidarité vaut dans tous les domaines: celui de la recherche, celui des grandes décisions pastorales, également celui de l’estime mutuelle, quelle que soit votre origine, sans oublier celui du soutien mutuel, dans la vie exemplaire qui vous est demandée et qui peut exiger des monitions fraternelles

7. Il ne vous échappe pas non plus à quel point la solidarité avec l’Église universelle dans les choses qui doivent être communes, et en particulier la communion confiante avec le Saint-Siège, sont nécessaires pour l’authenticité catholique de l’Église au Zaïre, pour sa force et pour son avancée harmonieuse. Mais elles sont nécessaires aussi à la vitalité de l’Église universelle, où vous apporterez le témoignage de votre sollicitude pastorale et la contribution de votre zèle évangélisateur, sur des points importants pour toute l’Église. Ce sont les exigences, ou plutôt, la grâce de notre catholicité (cf
Lumen Gentium, 13 supra memorata). Dieu soit loué qui permet à son Église cet échange vital et cette communion entre tous les membres du même Corps, le Corps du Christ! Le Saint-Siège ne vous déchargera d’aucune responsabilité; au contraire il vous responsabilisera; et il vous aidera à trouver les solutions les plus conformes à votre vocation. Pour moi, je suis sûr que vos préoccupations y seront accueillies avec compréhension.

8. A présent, je voudrais dire aussi un mot de quelques problèmes pastoraux concrets: je les évoque pour manifester la part que je prends à votre responsabilité.

J’ai parlé de votre unité entre évêques, de votre coresponsabilité collégiale qui a fait ses preuves en des moments particulièrement difficiles. Je vous encourage également à favoriser au mieux, dans chacun de vos diocèses, l’unité des forces vives de l’évangélisation, et d’abord de vos prêtres.

Certains sont Zaïrois et c’est une grande chance pour l’avenir de votre Église. Beaucoup d’autres, prêtres séculiers et souvent religieux, sont venus comme “missionnaires” ou sont restés pour vous aider, tout en sachant qu’ils doivent, au fur et à mesure des possibilités, céder la première place aux pasteurs indigènes.

Vous reconnaissez tous que leur service a été capital pour l’évangélisation dont nous fêtons le centenaire, qu’il demeure important et actuellement indispensable, étant donné l’ampleur même numérique des fidèles et la complexité des besoins apostoliques. Ils restent auprès de vous l’expression de l’universalité et des échanges nécessaires entre les Églises.

Que tous, Zaïrois ou non, ne forment qu’un presbyterium autour de vous! Que tout soit fait pour aplanir et multiplier les chemins de l’estime mutuelle, de la fraternité, de la collaboration! Que soit banni tout ce qui serait cause de souffrances ou de mise à l’écart, pour les uns ou pour les autres! Que tous soient pénétrés de sentiments d’humilité et de service mutuel! Pour le Christ! Pour le témoignage de l’Église! Que tous puissent dire: “Voyez comme ils s’aiment!”. Pour l’avancée de l’évangélisation!

Des progrès ont déjà été accomplis. Je suis sûr que vous ferez tout pour créer ce climat.

Par ailleurs, vous avez appelé plusieurs fois l’ensemble de vos prêtres et de vos religieuses à une grande dignité de vie. J’ai relevé un passage que vous citiez dans sa forme poétique: “Vous-mêmes, les premiers, réformez-vous. Soyez de vertus, non de sole habillés. Ayez chaste le corps, simple la conscience. Soit de nuit, soit de jour, apprenez la science. Gardez pour le peuple une humble dignité et joignez la douceur avec la gravité” (
Exhortatio, 10.06.1977).

Eh oui, l’amour radical que les d mes consacrées ont voué au Seigneur, pour lui-même et pour un service plus disponible à tous leurs frères et l’annonce du monde à venir, avec la discipline de vie qu’il exige, doit briller comme la lumière, être comme le sel, entretenir “au sein du peuple de Dieu le “tonus” indispensable qui l’aide à soulever la pâte humaine”
(Exhortatio, 10.06.1977).

En particulier, les prêtres, les religieux - et aussi les religieuses - doivent avoir de solides convictions sur les valeurs positives et essentielles de la chasteté dans le célibat, et demeurer très vigilante dans leur comportement pour être fidèles sans ambiguïté à cet engagement qu’ils ont pris - pour le Seigneur et pour l’Église - et qui est capital, en Afrique comme ailleurs, comme témoignage et pour entraîner le peuple chrétien dans la marche laborieuse vers la sainteté.

Tout cela est possible avec la grâce de Dieu, et surtout si l’on prend à cœur les moyens spirituals et les multiplex besoins qui sollicitent le zèle pastoral. Les prêtres ont certes grana besoin de votre aide fraternelle, de votre proximité, de votre exemple personnel, de votre affection.

9. La sainteté et le zèle de vos prêtres faciliteront aussi grandement l’éveil des vocations sacerdotales, et je pense rejoindre là un de vos soucis majeurs. Comment l’Église du Zaïre fera-t-elle face à l’avenir si elle ne dispose pas de prêtres plus nombreux issus du terroir, séculiers ou religieux? Il nous faut prier et faire prier pour cela. Il nous faut “appeler” au service du Seigneur, faire saisir aux familles et aux jeunes la beauté de ce service. Mais le problème est aussi celui de la formation de ces séminaristes ou novices: puissent-ils toujours bénéficier de la présence, du dialogue et de l’exemple de directeurs spirituals, experts dans la conduite des âmes.

Je crois par ailleurs que beaucoup de vocations religieuses ont fleuri chez vous, soit dans le cadre des Congrégations missionnaires, soit maintenant dans le cadre d’Instituts nés sur votre sol.

Puissent elles, grâce à une solide formation, grâce à leur dévouement aux œuvres apostoliques, grâce à leur témoignage transparent, écrire une nouvelle page dans la vie des religieuses dans l’Église! Je n’oublie pas celle qui a laissé un sillage si lumineux qu’on a parlé de sa béatification, Sœur Anwarite.

10. Je me réjouis aussi de tout ce qui a été fait dans ce pays pour doter l’Église de catéchistes laïcs et de responsables de petites communautés, qui sont les chevilles ouvrières de l’évangélisation, en lien constant et direct avec les familles, les enfants, les différentes catégories du peuple de Dieu. Il faut sûrement favoriser tout ce déploiement de l’action indispensable du laïcat, en communion étroite avec les pasteurs. J’aurai l’occasion d’aborder plus longuement ce sujet au cours de mon voyage.

Pour la vie familiale, j’en ai longuement parlé ce matin. Comment faire cheminer les jeunes et les foyers vers la pleine réalisation du projet de Dieu sur les époux et les parente, malgré des difficultés certaines, mais en s’appuyant en même temps sur des ressources de l’âme africaine, sur l’expérience séculaire de l’Église et sur la grâce, voilà un objectif pastoral primordial. Ce sera pour l’Église une bénédiction et pour le pays un progrès de premier ordre.

Une chose qui doit tenir à cœur aux parente, aux pasteurs et à tous les ouvriers de l’évangélisation c’est l’éducation religieuse des enfants, quel que soit le statut des écoles et surtout à cause du statut actuel: initiation familiale à l’Évangile, poursuivie par une catéchèse systématique, comme je l’ai exposé, à la suite du Synode des évêques, dans l’exhortation “Catechesi Tradendae”.

11. Je pense encore à toute la participation que l’Église apporte au développement du pays, non seulement en préparant la conscience des citoyens au sens de la loyauté, du service gratuit, du travail bien fait, de la fraternité - ce qui est directement son rôle - mais en pourvoyant sur bien des plans aux besoins multiplex des populations, aggravés souvent par les épreuves, aux plans de l’école, de l’aide sanitaire, des moyens de subsistance, etc. C’est une suppléance que la charité impose à l’Église - “caritas urget nos” - et que le sens du bien commun de votre patrie vous fait trouver normale.

12. Vous aimez profondément cette patrie. Je comprends ces sentiments. Vous savez l’amour que je porte à celle où j’ai mes racines. L’unité d’une patrie se forge d’ailleurs à travers des épreuves et des efforts où les chrétiens ont leur part, surtout lorsqu’ils forment une part notable de la nation.

Votre service de Dieu comprend cet amour de la patrie. Il concourt au bien de la patrie, comme le pouvoir civil y est ordonné sur son plan à lui. Mais il se distingue de ce dernier et, tout en respectant sa compétence et sa responsabilité, il doit pouvoir s’exercer lui-même dans une pleine liberté, dans sa sphère qui est l’éducation de la foi, la formation des consciences, la pratique religieuse, la vie des communautés chrétiennes, et la défense de la personne humaine, de ses libertés et de ses droits, de sa dignité. Je sais que tel a été votre souci. Et je souhaite qu’il en résulte une paix profitable à tous.

13. Un dernier point: pour aider l’élite chrétienne à faire face selon la foi aux problèmes que ne manquent pas de poser une rapide évolution et le contact avec d’autres civilisations, avec d’autres systèmes de pensée, il est capital, au plan théologique, que la recherche et l’enseignement soient promus, en votre pays, comme il convient, c’est-à-dire en joignant à un enracinement profond dans la tradition de toute l’Église, qui a donné sa sève à votre communauté, la réflexion que requiert votre enracinement africain et les problèmes nouveaux qui surgissent. C’est dire que je forme des vœux fervente pour votre Faculté de théologie de Kinshasa, pour son haut niveau intellectuel, pour sa fidélité ecclésiale et pour son rayonnement en votre pays et au-delà.

14. Je vais m’en tenir là aujourd’hui. Mais c’est un dialogue qui devra toujours être poursuivi avec le Successeur de Pierre, avec les instances du Saint-Siège, avec les autres Églises locales, qui n’ont qu’un souci: permettre à l’élan de votre Église de poursuivre sa course dans les meilleures conditions, “en toute assurance et sans entrave” (
Act 28, 31). Et je souhaite que cet élan ne profite pas à vous seuls, mais qu’il soit toujours plus missionnaire. “Vous êtes vos propres missionnaires”, disait Paul VI à Kampala, voilà onze ans. C’est en partie réalisé. Mais j’ajoute: visez à être missionnaires à votre tour, non seulement en ce pays où l’Évangile est encore attendu, mais au-dehors, et en particulier en d’autres pays d’Afrique. Une Église qui donne, même de ses ressources limitées, sera bénie du Seigneur, car on rencontre toujours une plus pauvre que sol.

L’Esprit Saint vous a constitués Pasteurs de votre peuple en cette heure importante de l’histoire chrétienne du Zaïre. Qu’il affermisse la foi et la charité de tous ceux qui vous sont confiés! Et que Marie, la Mère de l’Église, intercède pour vous tous. Soyez assurés de ma prière, comme je compte sur la vôtre. Avec mon affectueuse Bénédiction Apostolique."

Discours du Pape St Jean Paul II aux Évêques des autres Pays Africains
Kishasa, Zaïre, samedi 3 mai 1980 - in French, Italian, Portuguese & Spanish

"J’ajoute maintenant un mot à l’intention des Évêques venus des autres pays africains.

Bien chers frères dans le Christ, ceste rencontre avec vos personnes me procure une grande joie. J’ai hâte de connaître aussi chacune de vos patries, chacune de vos Églises, sur place. J’aurais bien aimé élargir le cercle de mes visites. Peut-être êtes-vous de ceux qui m’aviez invité avec insistance?

Il n’a pas semblé possible ceste foie-ci d’aller au-delà du programme qui a été retenu pour des raisons convergentes et bien pesées. Je le regrette profondément, d’autant plus que vos communautés chrétiennes nourrissent un attachement très fervent et très spontané au Pape, et qu’elles méritaient un encouragement particulier, soit à cause de leur vitalité, soit à cause de leurs épreuves. Je le regrette aussi pour moi qui aurais apprécié ce nouveau témoignage. Mais je me considère lié par chacune de ces invitations, que j’essaierai d’honorer avec l’aide de Dieu en temps opportun. En attendant, dites bien à vos confrères, à vos prêtres, à vos religieux, à vos religieuses, à vos laïcs, que le Pape les senne et les bénit avec une grande affection.

Je sais que l’Afrique est loin d’être uniforme, que divers sont les peuples et les ethnies, particulières les traditions, variée aussi l’implantation de l’Église catholique. Il arrive parfois que vous vous trouvez dans la situation du petit troupeau qui doit conserver son identité chrétienne et en même temps en témoigner.

Cependant, une partie des problèmes pastoraux que j’ai abordés avec vos confrères du Zaïre valent aussi pour vous: la poursuite de l’évangélisation, l’approfondissement de l’esprit chrétien, l’africanisation, la solidarité des évêques, entre eux, avec les autres Églises locales et avec le Saint-Siège, la dignité de la vie des prêtres, des religieux, votre présence à leur vie, la question des vocations, les problèmes familiaux, la promotion humaine, etc. Un rôle magnifique vous est confié à tous, avec la grâce de Dieu: contribuer à édifier une civilisation où Dieu a sa place et où par conséquent l’homme est respecté. Et s’il fallait laisser une consigne à tous les membres de vos Églises, je dirais: restez bien unis. Merci de votre visite! Que la paix du Christ soit avec vous tous!"

Discours du Pape St Jean Paul II aux Religieuses d'Afrique
Kishasa, Zaïre, samedi 3 mai 1980 - in French, German, Italian, Portuguese & Spanish

"Chères Sœurs,
Rendons grâce à Dieu notre Père, par son Fils Jésus, notre Seigneur dans l’Esprit qui habite en nos cœurs, pour le grand bonheur de cette rencontre et pour les fruits qui en résulteront dans vos communautés respectives et dans la vie de l’Église qui est en Afrique!

1. En ces instants privilégiés, oubliez vos particularités légitimes pour sentir profondément votre appartenance unique au même Dieu et Père, rappelée de manière frappante par l’Apôtre Paul dans sa lettre aux Éphésiens: “Un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême, un seul Dieu et Père de tous” (
Eph 4, 5-6). Laissez-moi vous encourager à célébrer intimement et avec ferveur l’anniversaire de votre naissance à la vie divine par la grâce du baptême, comme l’événement le plus important de votre existence, et le plus significatif de votre vocation chrétienne à la fraternité.

Venues à la vie religieuse de milieux sociaux, de pays et même de continents très différents, vous vivez en communautés pour attester - à l’encontre des nationalismes, des préjugés, parfois des haines -, la possibilité et la réalité de cette fraternité universelle, à laquelle tous les peuples aspirent confusément. Vous êtes sœurs également, parce que vous avez toutes entendu le même appel évangélique: “Si tu veux être parfaite, va, vends ce que tu possèdes et donne-le aux pauvres, et tu auras un trésor dans les cieux; puis viens, suis-moi” (cf
Mt 19, 21).

Cet appel unique dans sa source divine est une autre exigence - que vous soyez vouées à la contemplation ou adonnées aux tâches directes de l’évangélisation - à vous montrer extrêmement fraternelles entre vous comme entre Congrégations, et à vous entraider toujours mieux sur trois plans qui me paraissent essentiels: la juste vision et le courageux accomplissement de votre consécration, l’empressement à participer à la mission de l’Église, la poursuite d’une solide formation spirituelle et d’une judicieuse ouverture aux réalités de votre époque et de vos milieux de vie.

2. En peu de mots, le Concile Vatican II situe la vie consacrée comme “un don divin que l’Église a reçu du Seigneur et -tue, par grâce, elle conserve fidèlement” (
Lumen Gentium, 43). Sans ignorer les ombres de l’histoire bimillénaire du peuple de Dieu, on peut affirmer que la femme - pour sa part - a magnifiquement répondu aux appels du Christ à la plénitude évangélique du don de sol.

Il y a semble-t-il, dans la féminité du corps et du cœur, une singulière disposition à faire de sa vie une oblation royale au Christ comme au seul Époux. Précisément, cette féminité - souvent considérée par une certaine opinion publique comme follement sacrifiée dans la vie religieuse - est en fait retrouvée et dilatée à un plan supérieur: celui du Royaume de Dieu.

Par exemple, la fécondité physique, qui tient tant de place dans la tradition africaine, ainsi que l’attachement à la famille, sont des valeurs qui peuvent être vécues par la religieuse africaine au sein d’une communauté beaucoup plus large et sans cesse renouvelée, et au bénéfice d’une fécondité spirituelle absolument étonnante. C’est bien dans cette perspective que la chasteté religieuse, très fidèlement observée, prend tout son relief d’amour préférentiel du Seigneur et de disponibilité totale aux autres.

De même de nombreuses Africaines entrées en religion cherchent à donner au vœu de pauvreté un visage nouveau, et plus adapté aux milieux dont elles sont issues. Elles tiennent à vivre du fruit de leur travail et à partager sans cesse ce fruit avec d’autres. Tout en demeurant rigoureusement fidèles à l’authentique conception de l’obéissance religieuse - qui est toujours le sacrifice de la volonté propre - bien des Sœurs s’efforcent de la vivre en dialogue confiant avec leurs responsables en qui elles voient une présence du Christ. Ce nouvel aspect est en consonance avec la dignité et la promotion de la femme en notre temps.

En vous parlant ainsi, chères Sœurs, je voudrais vous aider à bien saisir ou à ressaisir l’essentiel de votre état religieux: la consécration totale et sans retour de votre moi profond et de vos capacités féminines au Christ et à son Royaume. Nous sommes là au cœur même du mystère de votre vie, difficile à comprendre en dehors de la foi. Mystère qui surpasse tout le reste: l’acquisition de compétences et de diplômes, la répartition des fonctions et des responsabilités, les soucis d’intendance ou d’implantation, les problèmes de structures et d’observances.

En un mot, votre consécration, radicalement vécue, est bien l’essentiel de votre état religieux, le roc permanent, qui permet aux Congrégations et à leurs sujets de faire face aux adaptations exigées par les circonstances sans courir le risque d’affadir ou de trahir le charisme dont le Christ a doté son Église.

3. Solidement enracinées dans les exigences prioritaires de votre don total, authentifié par l’Église, votre vie ne peut que se consumer au service de ceste Église pour laquelle le Christ s’est livré (cf
Eph 5, 25).

La mission de l’Église est d’abord prophétique. Elle annonce le Christ à toutes les nations (cf
Mt 28, 19-20) et leur transmet son message de salut. Voilà qui met d’abord en jeu votre style de vie personnelle et communautaire (cf Paul VI Evangelii Nuntiandi, 14). Est-il véritablement lumineux (cf Mt 5, 16), prophétique?

Le monde actuel attend partout, peut-être confusément, des vies consacrées qui disent, en actes plus qu’en paroles, le Christ et l’Évangile. L’Épiphanie du Seigneur que vous aimez célébrer en Afrique, dépend de vous! L’Église prophétique compte également sur vous, ici comme dans les autres continents, pour participer avec empressement à son immense labeur catéchétique. On attend partout des Sœurs catéchètes et des Sœurs vouées à la formation de laïcs catéchètes.

Les religieuses qui - pour des raisons d’épanouissement personnel - délaissent trop facilement cette tâche ecclésiale prioritaire, sont-elles toujours sûres d’être fidèles à leur consécration? Je sais que les efforts et les résultats de l’enseignement catéchétique en Afrique sont remarquables. Mais il faut les poursuivre et les étendre. Les chrétiens de tous les âges et de tous les milieux ont besoin d’être accompagnés pour faire face aux mutations socioculturelles de notre temps. Je vous demande, mes Sœurs, d’apporter davantage encore à la mission prophétique de l’Église.

L’évangélisation, de soi-même et des autres, aboutit au culte divin. L’Église a aussi une vocation sacerdotale à laquelle vous êtes intimement associées. A la suite de saint Benoît ou de saint Bernard, de sainte Claire d’Assise ou de sainte Thérèse d’Avila, les moniales cloîtrées assument à plein temps, au nom de l’Église, ce service de la louange divine et de l’intercession.

Cette forme de vie est aussi un apostolat de très grande valeur ecclésiale et rédemptrice, que sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus a magnifiquement illustré au cours de sa brève existence au Carmel de Lisieux. N’oublions pas que le Pape Pie XI l’a proclamée “Patronne des missions”.

J’exprime donc mes plus vifs encouragements aux contemplatives qui sont sur la terre d’Afrique et je demande à Dieu que leurs monastères se remplissent de vocations sérieusement motivées.

Comment oublierais-je les Sœurs malades, infirmes et âgées? A longueur de jour et souvent de nuit, lorsque le sommeil est difficile, elles présentent au Seigneur l’oblation silencieuse de leurs prières quasi ininterrompues de leurs souffrances physiques ou morales, de leur “fiat” à la volonté divine. Elles aussi sont le peuple sacerdotal que le Christ s’est acquis par le sang de sa croix. Avec lui, elles sauvent le monde.

Quant aux religieuses exerçant un apostolat direct dans les villes et les villages, l’Église, en la personne des évêques et des prêtres, attend beaucoup de leurs talents et de leur zèle pour l’animation des assemblées chrétiennes. L’initiation au sens profond de la liturgie, à la célébration des sacrements, spécialement de l’Eucharistie, comme la formation des enfants et des adultes à la prière personnelle, à l’offrande généreuse de leur vie quotidienne, en union avec celle du Christ (
1 Pt 2, 4-10), constitue un domaine extrêmement important où vous êtes capables d’exceller, du fait de vos qualités pédagogiques, de votre sens inné du mystère de Dieu, et de votre propre générosité à prier. La ferveur du peuple de Dieu, célébrant son Seigneur, dépend beaucoup de vous.

Enfin la mission de l’Église est royale. C’est d’abord l’évêque qui doit veiller à la croissance et à l’unité de la foi, ainsi qu’à la fraternité de l’amour, dans son diocèse. C’est lui qui ordonne et stimule les activités apostoliques. Mais dans le peuple de Dieu, convié tout entier à investir ses forces et ses talents spécifiques dans les divers secteurs pastoraux de la vie des diocèses et des paroisses, les religieuses ont bien leur place (
Paul VI Evangelii Nuntiandi, 69).

Je laisse aux évêques africains le soin de discerner avec sagesse les signes des temps dans leurs propres diocèses et de voir concrètement, avec les diverses Congrégations, comment les religieuses peuvent aujourd’hui s’intégrer plus efficacement dans les activités pastorales de l’Église diocésaine.

Permettez moi cependant de souligner ici que vos dons féminins vous prédisposent à exercer auprès des jeunes filles et des femmes africaines le rôle très précieux de “conseillères”, d’une manière analogue au service accompli par les “mères de village”.

4. Chères Sœurs, je ne veux pas achever cet entretien paternel sans vous encourager vivement à demeurer toujours en quête d’approfondissement spirituel et de formation humaine, afin d’être toujours “plus femme” et “plus religieuse”.

Donnez-vous la main entre maisons religieuses, entre Congrégations, pour organiser des temps et des lieux de silence et de méditation, pour bénéficier de sessions de spiritualité, de théologie, de pastorale.

Encouragez-vous les unes les autres à y participer. Entraidez vous pour assumer les dépenses occasionnées par ces retraites et sessions. Votre témoignage d’amour fraternel doit être manifeste. Avec vos responsables diocésains, prenez soin de faire toujours appel à des guides sûrs et compétents.

Jésus lui-même a utilisé le proverbe “on juge l’arbre à ses fruits”! Avec calme et bon sens, voyez toujours où vous conduisent ces retraites et sessions. A plus d’intimité avec le Seigneur? A plus de courage et de transparence évangélique? A plus d’amour fraternel? A plus de pauvreté personnelle et communautaire? A plus de partage de ce que vous êtes et de ce que vous avez avec les plus déshérités? A plus de zèle pour la mission de l’Église? Alors les moyens choisis étaient sûrs et ont été utilisés avec sérieux. S’il n’en était pas ainsi, il importe de les changer avant qu’il soit trop tard.

5. Parce que vous êtes religieuses aujourd’hui, il est indispensable, même si vous êtes contemplatives, de veiller à votre formation humaine, de connaître suffisamment la vie et les problèmes des gens d’aujourd’hui surtout si vous avez mission de leur annoncer l’Évangile. Jeunes et adultes sont sensibles à l’étoffe humaine de ceux qui ont “tout perdu et tout gagné” pour suivre le Christ! A ce plan de l’obligation de vous former et de vous informer, voyez loyalement où vous en êtes: la règle d’or est la subordination constante de vos acquisitions humaines à la mission privilégiée que le Christ vous a confiée en son Église, pour le salut de vos frères humains.

Chères Sœurs, je sais que vous priez beaucoup pour moi, et je vous en remercie du fond du cœur. En retour, je tiens à vous assurer que les religieuses du monde entier ont une très grande place dans ma vie et ma prière de chaque jour. Vous êtes, toutes, mon souci et ma joie, mon appui et mon espérance! Que le Seigneur vous affermisse dans votre consécration et votre mission, pour sa gloire et pour le plus grand bien de vos diocèses africains et de toute l’Église!"

Discours du Pape St Jean Paul II aux Chrétiens d'autres Églises
Kishasa, samedi 3 mai 1980 - in French, Italian, Portuguese & Spanish

"Chers amis dans le Christ,
1. Je suis heureux de pouvoir vous rencontrer ce soir et de vous saluer tous au nom de notre Seigneur Jésus-Christ. Merci de votre présence. Nous avons la joie de nous trouver ensemble, réunis par notre amour pour le Seigneur, lui qui a prié, le soir du Jeudi saint, pour que tous ceux qui croiront en lui soient un. Nous lui demanderons donc de faire que tous ceux qui se réclament de son nom soient pleinement fidèles aux appels de la grâce et se retrouvent un jour dans son unique Eglise.

2. Nous devons remercier le Seigneur de ce que les oppositions d’autrefois ont cédé la place à un effort de rencontre fondé sur l’estime mutuelle, la recherche de la vérité et la charité. Notre réunion de ce soir en est un signe. Pourtant, nous le savons, le but magnifique que nous recherchons pour obéir à l’ordre du Seigneur n’est pas atteint. Pour y parvenir, il y faut, avec la grâce de Dieu, “la conversion du cœur et la sainteté de vie” qui constituent, avec la prière pour l’unité, comme le deuxième Concile du Vatican l’a souligné, “l’âme du mouvement œcuménique”  (
Unitatis Redintegratio, 8).

Toute initiative en vue de l’unité serait vaine si elle était privée de ceste assise, si elle n’était pas fondée sur la quête incessante et parfois douloureuse de la pleine vérité et de la sainteté. Cette quête, en effet, nous rapproche du Christ et, par lui, nous rapproche réellement les uns des autres.

Je sais, et je m’en réjouis, que diverses formes de collaboration au service de l’Évangile existent déjà entre les différentes Églises et Communautés chrétiennes de votre pays: un tel engagement est un signe du témoignage que tous ceux qui se réclament du Christ veulent rendre à l’action salvifique de Dieu, à l’œuvre dans le monde; il est aussi un pas véritable vers l’unité que nous demandons dans notre prière.

3. Dès mon élection comme Évêque de Rome, j’ai plusieurs fois réaffirmé, vous le savez, mon désir ardent de voir l’Église catholique entrer pleinement dans l’œuvre sainte qui a pour but la restauration de l’unité. J’espère que ma présence aujourd’hui parmi vous sera considérée comme un signe de cet engagement. Certes, les différents pays et les différentes régions ont chacun leur histoire religieuse, c’est pourquoi les modalités du mouvement œcuménique peuvent différer, mais son impératif essentiel demeure toujours identique: la recherche de la vérité dans son centre même, le Christ. C’est lui que nous cherchons avant tout, pour trouver en lui la véritable unité.

Chers amis dans le Seigneur, je vous remercie de nouveau de tout cœur d’avoir été présents avec moi aujourd’hui. Puisse notre rencontre de ce soir être un signe de notre désir que vienne le jour bienheureux que nous appelons dans notre prière, celui où, par l’œuvre du Saint-Esprit, nous serons vraiment un “afin que le monde croie” (Jn
17,21)!

Priant ce soir pour l’unité, pour la réunion de tous ceux qui se réclament du Christ dans son unique Église, nous ne pouvons faire mieux que de reprendre les propres paroles du Seigneur, le soir du Jeudi saint, après qu’il eut prié spécialement pour ses apôtres: “Ce n’est pas seulement pour ceux-là que je prie, mais aussi pour ceux qui, grâce à leur parole, croiront en moi, afin que tous soient un. Comme toi, Père, tu es en moi et moi en toi, qu’ils soient un en nous eux aussi, afin que le monde croie que c’est toi qui m’as envoyé” (Jn
17, 20-21).

Ensemble, nous demandons au Père de notre Seigneur Jésus-Christ de nous donner de faire sa volonté:

Notre Père qui es aux cieux, / que ton nom soit sanctifié, / que ton règne vienne, / que ta volonté soit faite / sur la terre comme au ciel. / Donne-nous aujourd’hui / notre pain de ce jour. / Pardonne-nous nos offenses, / comme nous pardonnons aussi / à ceux qui nous ont offensés. / Et ne nous soumet pas à la tentation, / mais délivre-nous du Mal. / Amen."